Rêveries de promeneurs solidaires

Nous voici donc rassemblés sur terre, parmi nos frères et soeurs, prochains, amis, en société de nous-mêmes. Que ferons-nous de ce temps ensemble ? Irons-nous vers nos semblables ? Le chemin qui nous y amène commence-t-il dans une intériorité bien individuelle ? Une visualisation perdure, celle du double triangle : un qui pointe vers soi, méditatif, l'autre vers l'extérieur, caritatif.

Des puits qu'un âne ait plu, que je vis cette étrange proposition, elle me parait encore : le rêve est la vision, la réalité le permet. C’est à dire que rêve et réalité ne s’opposent pas : ces deux réalités sont une. Ou plutôt, elles sont multiples.

Les réalités je veux dire
les réalités.
Les réalités sont muliples.
Les réalités sont multiples, et malléables.

Philip K. dit que les pages de course au mouton sauvage tournent autour d’auteurs tels que Llorca, écho d’un voyageur en sémiologie, saumon sous le bras. Pas loin Émily Levine, une scientifique qui utilise l’humour, découvre d’une main sûre le miroir qui la révèle être plutôt une comique qui enseigne la science. Si l’inverse et son contraire peuvent ne faire qu’un, la méthode scientifique reste le seul guide fiable ce côté-ci de la subjectivité : Descartes a dit exister, Sartre a exigé devenir, beaucoup de blabla entre les deux devant une objectivité inatteignable. N'oublions pas la célèbre anecdote de Carl Spackler :

"So I jump ship in Hong Kong, and I make my way over to Tibet, and I get on as a looper at a course over there in the Himalayas: a looper, you know, a caddy, a looper, jock. So I tell 'em I'm a pro jock, and who do you think they gave me? The Dalai Lama. Himself. Twelfth son of the Lama (sic). Flowing robes, the grace, bald... striking. So I'm on the first tee with him, I give him the driver, he hauls off and whacks one. Big hitter, the Lama. Long. Into a ten thousand foot crevace, right at the foot of this glacier. You know what the Lama says? 'Gunga Galunga.' ('Gungalu…'; 'Gungalagunga.') So we finish eighteen, and he's gonna stiff me, and I say 'Hey! Lama! Hey! How 'bout a little somethin', you know, for the effort, you know?' And he says: 'Oh, uh, there won't be any money. But when you die, on your deathbed, you will receive total consciousness.' So I got that goin' for me. Which is nice."

Que de voix ! Enfant, j’ai entendu parler pour la première fois d’ « histoires à dormir debout » dans Philémon de Fred. L’incrédule qui refusait le monde des lettres voulait dire par là des histoires trop absurdes pour qu’on les croie. Peut-être que son frère Félicien aurait dit des fictions tellement prenantes qu’on les rêverait volontiers éveillé ? J’y ajouterais les textes à ne pas dormir debout : l'histoire, les sciences, l’économie… là où la démarche scientifique prévaut. Il n’y a ni envers ni endroit : la logique nous guide dans son domaine de phénomènes prévisibles, le rêve partout ailleurs. Deux réalités. Une réalité. Un infini de réalités.

Les réalités je veux dire
les réalités.
Les réalités sont muliples.
Les réalités sont multiples, et malléables.

Dormir debout est un méta-site regroupant un éventail d'expériences allant de l’histoire à la poésie, de la pensée critique aux arts. Il lui arrive de porter un intérêt particulier aux occasions où les réels intersectent les imaginaires. Une rigueur académique est exigée pour les exposés rationnels, une irrationalité totale accordée aux élans créatifs.

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